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Prosopagnosie : vivre sans reconnaître les visages

Croiser son collègue dans la rue sans le reconnaître, chercher sa propre fille à la sortie de l'école : pour les personnes atteintes de prosopagnosie, les visages ne disent rien. Un trouble discret, plus fréquent qu'on ne le croit.

Par la rédaction de Vertige Littéraire · Publié le · 3 min de lecture

Silhouette au visage flou dans la pénombre d'un couloir
Silhouette au visage flou dans la pénombre d'un couloir

La prosopagnosie, du grec prosopon (visage) et agnosia (ignorance), désigne l'incapacité à reconnaître les visages. La vue est normale, l'intelligence aussi : la personne voit parfaitement des yeux, un nez, une bouche, mais l'ensemble ne déclenche aucune reconnaissance. On parle aussi de cécité des visages.

Deux formes très différentes

  • La prosopagnosie acquise apparaît après une lésion du cerveau : accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien, tumeur, maladie neurodégénérative. Du jour au lendemain, des visages familiers deviennent étrangers.
  • La prosopagnosie développementale, ou congénitale, est présente depuis l'enfance, sans lésion visible. Beaucoup de personnes concernées ne la découvrent qu'à l'âge adulte, en comprenant que les autres reconnaissent les visages sans effort.

Ce qui se passe dans le cerveau

La reconnaissance des visages mobilise un réseau de régions spécialisées, en particulier une zone du gyrus fusiforme, surtout dans l'hémisphère droit, souvent appelée « aire fusiforme des visages ». Une revue de cas publiée en 2024 confirme que la prosopagnosie acquise est liée le plus souvent à une atteinte des gyrus fusiformes, principalement à droite. Dans la forme développementale, des études d'imagerie ont observé des différences de matière grise dans cette même région.

Est-ce fréquent ?

La forme acquise est rare. La forme développementale l'est beaucoup moins qu'on ne l'a longtemps cru : on cite souvent une estimation d'environ une personne sur cinquante, soit 2 % de la population, un chiffre qui reste discuté faute de grandes études épidémiologiques. Le neurologue et écrivain Oliver Sacks, qui en était lui-même atteint, a contribué à faire connaître le trouble.

Les signes qui doivent alerter

  • ne pas reconnaître des collègues, des voisins ou des proches hors de leur contexte habituel ;
  • avoir du mal à suivre les personnages d'un film ;
  • reconnaître les gens à leur voix, leur démarche, leur coiffure ou leurs vêtements plutôt qu'à leur visage ;
  • éviter les situations sociales par peur de ne pas reconnaître quelqu'un ;
  • ne pas se reconnaître sur une photo de groupe.

Des tests standardisés existent, comme le Cambridge Face Memory Test. Un bilan neuropsychologique permet de poser le diagnostic, et d'écarter d'autres causes.

Vivre avec : les stratégies

Il n'existe pas de traitement qui rende la reconnaissance des visages. Les personnes concernées développent des stratégies : repérer un détail distinctif (lunettes, cicatrice, coupe de cheveux), mémoriser les voix, demander aux proches de se présenter en arrivant, expliquer le trouble à son entourage. Le plus difficile reste souvent l'incompréhension des autres, qui prennent l'oubli pour de l'indifférence.

Un trouble qui fascine le thriller

Comment savoir qui est vraiment en face de soi quand on ne reconnaît aucun visage ? La question, vertigineuse, est un ressort de suspense idéal : on ne peut se fier qu'aux indices, aux habitudes, aux voix. Et si quelqu'un en profitait ?

Dans Tous les hommes ont son visage, l'héroïne ne reconnaît aucun visage. Elle sait pourtant que l'homme qui dort à côté d'elle n'est pas son mari.

Questions fréquentes

La prosopagnosie se soigne-t-elle ?

Il n'existe pas de traitement qui rétablisse la reconnaissance des visages. Des stratégies de compensation et un accompagnement aident à mieux vivre au quotidien.

Comment savoir si l'on est prosopagnosique ?

Des tests standardisés, comme le Cambridge Face Memory Test, donnent une première indication. Le diagnostic se fait lors d'un bilan neuropsychologique.

La prosopagnosie est-elle héréditaire ?

La forme développementale semble souvent toucher plusieurs membres d'une même famille, ce qui suggère une composante génétique, encore mal connue.

Quelle est la différence entre prosopagnosie et mauvaise mémoire des noms ?

Oublier un nom est banal. Dans la prosopagnosie, c'est le visage lui-même qui n'est pas reconnu : la personne ne sait pas qu'elle a déjà vu quelqu'un.

Sources

Les romans de cet article

Le premier chapitre de chacun est offert, sans inscription.

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