Mardi, 23 h 41.
La cuisine ne faisait plus de bruit. Même le réfrigérateur semblait retenir sa respiration. La lumière sous les meubles découpait une ligne blanche sur le quartz, nette comme une incision.
Je n’avais pas prévu de compter ce soir.
Je l’ai fait quand même.
Trois boîtes sur l’étagère la plus haute, derrière les verres à pied que nous n’utilisions que pour les dîners où il fallait faire semblant. Les boîtes n’avaient rien d’exotique. Rien de spectaculaire. Des comprimés, des gélules, des dosages qui, sur le papier, ne sont que des chiffres. Dans mon métier, les chiffres sont des promesses et des menaces.
J’ai sorti la première plaquette, l’aluminium froissé entre mes doigts. J’ai appuyé du pouce. Le comprimé est tombé dans ma paume avec un petit claquement sec, trop léger pour avoir du poids et assez lourd pour avoir une conséquence.
Je l’ai reposé.
Je me suis lavé les mains.
Je l’ai fait une deuxième fois. Mêmes gestes. Même eau. Même savon sans odeur, parce que les odeurs restent sur la peau et que je déteste qu’on me devine. J’ai essuyé mes doigts jusqu’à ce qu’ils crissent sur le papier.
La maison était un cube de verre et d’acier. Robert l’appelait notre sanctuaire. Moi, je l’appelais mon laboratoire. Ici, rien n’existait sans preuve.
Sur l’écran de mon téléphone, un nouveau message est apparu. Numéro inconnu. Aucune photo. Aucun nom.